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Faisons un rêve

C’est une pièce de jeunesse de Sacha Guitry, il a trente et un ans lorsqu’il la joue pour la première fois en 1916. La distribution est alors composée de sa première femme, Charlotte Lysès, de son ami Raimu qui interprète le rôle du mari, tandis que l’auteur tient celui de l’amant. Guitry reprend la pièce en 1921, avec Yvonne Printemps, devenue sa deuxième épouse, Raimu garde, bien entendu, son rôle. Puis, en 1936, il la porte au cinéma avec Jacqueline Delubac, sa troisième femme. Raimu est toujours là. De là à dire que les femmes passent et que les amis restent…

En 1916, l’année de la création, Guitry est un auteur jeune, mais qui a déjà nombre de succès derrière lui. Pendant cette terrible guerre de 14-18, il écrit quelque chose de léger, d’insouciant, et fait souffler un vent de jeunesse sur la scène parisienne. Il renouvelle la comédie de mœurs, l’allège de ses règles bourgeoises d’alors, crée des personnages plus proches de la réalité, invente le quotidien dans les dialogues. Il trouve une spontanéité de ton et de verbe très novatrice. Il est curieux de penser que, pour beaucoup aujourd’hui, il est un auteur bourgeois, alors qu’il a balayé toutes les règles, qu’il n’en a toujours fait qu’à sa tête, qu’il a sans cesse inventé, qu’il ne s’est jamais enfermé dans un genre, et que ses morales n’ont jamais rien de conventionnelles.

Pour quelqu’un qui écrit du théâtre et qui veut privilégier la naturel et la simplicité, cette pièce est un exemple.

Une ile, peut-être

C’est un lieu indéterminé. Une ile, peut-être, au milieu d’une ville. On ne voit pas les quais. C’est un ensemble en démolition-reconstruction mais qui n’est pas défini, dont les contours sont eux aussi indéterminés. Les formes sont à la fois visibles et invisibles. On les voit, sans les voir vraiment, mais elles sont réelles et palpables. Les bâtiments en démolition sont imbriqués dans ceux en construction.

C’est le jour, ou la nuit. Ou les deux à la fois.

Zone industrielle de Philadelphie qui aurait inspirée David Lynch pour écrire Eraserhead

Je suis avec Marie et Philippe. Philippe, semble-t-il, connait déjà les lieux. Nous sommes venus accompagner Marie qui vient d’être engagée dans un nouveau travail mais à qui on a demandé de déménager ses affaires pour les porter dans les nouveaux locaux en construction.

Elle s’en va donc à un moment donné. J’aperçois, au loin, un bâtiment qui semble assez long, mais pas très haut, il est couleur brique. Ce sont les nouveaux locaux. Ceux dans lesquels va travailler Marie. Il y a, à un autre moment, un mur de brique, assez haut, dans lequel il y a une petite ouverture. Un homme, un ouvrier, s’adresse à un autre homme qui est sur sa droite, en contrebas. L’ouvrier semble suspendu dans les airs, presque perpendiculaire au mur, mais on voit qu’il est maintenu par un filin. Il agite lentement les bras, comme s’il effectuait un numéro d’équilibriste.

En attendant Marie, nous déambulons. Nous apercevons, de l’autre côté de… quelque chose, quatre individus qui soulèvent et emportent une voiture dont les roues ont été enlevées. Cet endroit dans lequel ils se trouvent et qui semble différent, presque désert, personne ne doit y pénétrer.

Marie revient, ou est revenue. Elle me demande comment je vais rentrer. Par le métro, sans doute, mais quelle est la station la plus proche ? Elle me propose aussi de rester avec eux pour manger une pizza. J’hésite un moment, car j’ai du cholestérol (ce qui est vrai).

Rien n’est clairement fixé, définitif, puisqu’en démolition et en construction.

Je crois que c’est tout.